Miss Diongama : Une vraie imposture !
Il fallait bien que, nourris et gavés en images de femmes filiformes d’origines européennes, asiatiques ou mêmes moyen-orientales par le cinéma, la télé, les revues de modes et autres défilés de mannequins, que nous africains, réagissons pour faire sortir du fond de notre patrimoine culturel, le modèle de la femme en qui nous nous reconnaissons. Il s’agissait bien sûr de la femme noire africaine dont Senghor a fait l’éloge en ces termes : « Vêtue de ta peau qui est vie/ de ta forme qui est beauté ». Et alors, cette femme est loin d’être, la femme oisive, la femme qui s’est faite objet et qui ne se conçoit, elle-même, comme femme, qu’à travers ses attributs physiques qu’elle exhibe à tout bout de champs pour mériter d’être appelée top-modèle. Et alors, cette femme noire africaine, miroir de notre fierté, n’est nulle autre que celle dont Camara Laye rendait hommage en ces termes : « Femmes des champs, femmes des rivières, femmes du grand fleuve…Femme simple, femme de la négation ». Cette femme noire africaine, familièrement appelée chez nous « Diongoma » est bien cette femme immortalisée par le poète Senghor qui disait d’elle : « …Fruit mûr à la chair ferme, Savane aux horizons purs, tam-tam sculpté, tam-tam qui gronde…huile que ne ride nul souffle, gazelle aux attaches célestes… ».
Il fallait bien, hélas, que d’autres africains comme nous, mûs que par l’appât du gain et les profits mercantilistes, s’approprient de ce pan important de notre patrimoine culturel pour le vider de toute sa substance en lui accolant le terme « Miss ». C’est de là que découle toute l’imposture, car « Miss » et « Diongama » ne peuvent cheminer ensemble, qu’au risque de faire de la « Diongoma », notre icône nationale, une pâle copie de la « Miss » qui, elle même, n’est qu’une ridicule imitation de la belle femme européenne, considérée comme telle selon des critères esthétiques typiquement occidentaux. Exit donc la femme posée, douce et humble et place à la « Miss top-modèle » ou tout simplement à la « Miss Diongama » sans vergogne aucune, exhibitionniste par-dessus bord et, au final, ridicule
Il ne nous a pas fallu organiser un concours national pour désigner la femme de l’année, car celle-ci s’est imposée d’elle-même, eu égard à son exemplarité dans des domaines autant physiques que moraux. Et alors, de là doit découler que, la Diogama de l’année, doit suivre de près la femme de l’année ou même, pourquoi pas, être les deux à la fois. Et donc pour cela, il suffit tout simplement que le ministère de la culture récupère ce patrimoine national qu’est l’appellation « Diogama » pour, désormais, selon des critères bien de chez nous qui donc n’excluent pas les aspects moraux, faire élire celle qui portera le titre ,non pas de « Miss Diongoma » , mais de « Diogama Sénégal de l’année ». Et alors, durant son année de règne, l’Etat lui confiera la noble mission de promouvoir toutes ces vertus qui font la renommée de la femme sénégalaise en particulier et africaine en général et qui constituent le socle si solide sur lequel s’est érigée la famille et donc la société sénégalaise et africaine.
Il faut bien donc que nos autorités étatiques, s’impliquent dans cette affaire qui n’en est plus une petite au vu des risques qu’encourent les adolescentes, encore à la recherche d’un modèle, car à défaut de cette implication de l’Etat, nous risquons d’avoir droit, chaque année, de la part de ces dites « Miss Diongama » , à des extravagances vestimentaires et comportementaux dignes de vraies « Miss Diominaa » qui n’ont de places qu’à l’asile !
Souleymane Condé
Souleymane condé